Villanelle du ver de terre

Maurice Rollinat

Les Névroses — 1883

Le malheureux ver de terre Vit sans yeux, sans dents, tout nu, Dans l’horreur et le mystère. Tortueux comme une artère, C’est un serpent mal venu, Le malheureux ver de terre. Jardinet de presbytère, Et vieux parc entretenu Dans l’horreur et le mystère Tentent par leur ombre austère Et leur calme continu Le malheureux ver de terre. Il suit l’étang délétère Et le buisson biscornu Dans l’horreur et le mystère. Reptile humble et sédentaire, Dans son trajet si menu, Le malheureux ver de terre Fuit la poule solitaire Et le pêcheur saugrenu Dans l’horreur et le mystère. Lorsque la chaleur altère Le sol herbeux ou chenu, Le malheureux ver de terre, Qui de plus en plus s’enterre, Devient gros, rouge et charnu Dans l’horreur et le mystère. Et c’est le dépositaire Des secrets de l’inconnu, Le malheureux ver de terre Dans l’horreur et le mystère.