Ombres visiteuses

Maurice Rollinat

Les Névroses — 1883

Ô mains d’ambre rosé, mains de plume et d’ouate Où tremble autant d’esprit que sur la lèvre moite, Et de rêve que dans l’œil bleu ! Ô mignonnettes mains, menottes à fossettes Qui servent à l’amour de petites pincettes Pour tisonner ma chair en feu ; Ô petits pieds qui vont comme le zéphyr passe, En laissant derrière eux le frisson de la grâce Et le sillage du désir ; Ô jarretière noire à la boucle argentée, Diadème lascif d’une jambe sculptée Pour les étreintes du plaisir ; Ô seins, poires de chair, dures et savoureuses, Monts blancs où vont brouter mes caresses fiévreuses, Cheveux d’or auxquels je me pends ; Ventre pâle où je lis un poème de spasmes, Cuisse de marbre ardent où mes enthousiasmes S’enroulent comme des serpents : C’est vous que je revois, ombres voluptueuses, Dans mes instants bénis d’extases onctueuses Et de rêves épanouis ; Émergeant du brouillard nacré des mousselines, Vous flottez devant moi, parlantes et câlines, Pleines de parfums inouïs !