La Pluie

Émile Verhaeren

Les Plaines — 1911

La pluie, Sur les feuilles douces de mai, La pluie, Sur les gazons et sur les haies Semble une amie Qui visite les clos et les jardins vermeils Et bellement les réconforte, Après chaque étreinte trop forte, Des trop jeunes soleils. Elle tombe, brusque et jolie, Précède ou suit une embellie ; Elle se hâte et dure peu ; Elle est la sœur de la rosée, Et ses larmes cristallisées Mirent parfois tout le ciel bleu. Un nuage la contient toute. La lumière luit au travers De son passage au long des routes ; Les taillis frais, les fossés verts Boivent ses eaux lustrales ; Moineaux, bouvreuils, pinsons, avec leur bec mouillé, Lissent tranquillement leur plumage souillé Sur les branches d’un bouleau pâle ; Le paysage entier semble se ranimer Et longuement, là-bas, où le bois se recueille On écoute le silence se parsemer De mille bruits tintant gaiement de feuille en feuille. Et les oiseaux, à l’unisson, Se reprennent à leurs chansons Dès que l’averse fuit et passe ; Et doucement, dans le verger d’en face, Un cerisier secoue au vent volant Sa voûte ; Si bien que les dernières gouttes Tombent en même temps Que l’éparpillement de ses pétales blancs.