Ballade XLIII
Charles d’Orléans
Poème de la prison
Mon cueur est devenu hermite
En l’ermitage de Pensée ;
Car Fortune la tresdespite
Qui l’a haÿ mainte journée,
S’est nouvellement aliée,
Contre lui, avecques Tristesse,
Et l’ont banny hors de Lyesse ;
Place n’a où puist demourer,
Fors ou bois de Merencolie,
Il est content de s’i logier ;
Si lui dis je que c’est folie.
Mainte parolle lui ai ditte,
Mais il ne l’a point escoutée ;
Mon parler riens ne lui proufite,
Sa volonté y est fermée,
De legier ne serait changée.
Il se gouverne par Destresse
Qui, contre son prouffit, ne cesse,
Nuit et jour, de le conseillier ;
De si près lui tient compaignie
Qu’il ne peut ennui delaissier,
Si lui dis je que c’est folie.
Pource sachiez, je m’en acquitte,
Belle tresloyaument aimée,
Se lectre ne lui est escripte
Par vous, ou nouvelle mandée,
Dont sa doleur soit allégée,
Il a fait son vu et promesse
De renoncer à la richesse
De Plaisir et de Doux Penser,
Et après ce, toute sa vie,
L’abit de Déconfort porter ;
Si lui dis je que c’est folie.
Se par vous n’est, Belle sans per,
Pour quelque chose que lui dye,
Mon cueur ne se veut conforter ;
Si lui dis je que c’est folie.