Ah longues nuits d'hiver de ma vie bourrelles
Pierre de Ronsard
Derniers vers — 1586
Ah longues nuits d'hiver de ma vie bourrelles,
Donnez moi patience, et me laissez dormir,
Votre nom seulement, et suer et frémir
Me fait par tout le corps, tant vous m'êtes cruelles.
Le sommeil tant soit peu n'évente de ses ailes
Mes yeux toujours ouverts, et ne puis affermir
Paupière sur paupière, et ne fais que gémir,
Souffrant comme Ixion des peines éternelles.
Vieille ombre de la terre, ainçois l'ombre d'enfer,
Tu m'as ouvert les yeux d'une chaîne de fer,
Me consumant au lit, navré de mille pointes :
Pour chasser mes douleurs amène moi la mort,
Ha mort, le port commun, des hommes le confort,
Viens enterrer mes maux je t'en prie à mains jointes.