La haine, tantôt fière, effrontée, ingénue

Victor Hugo

Toute la lyre

La haine, tantôt fière, effrontée, ingénue, Aspire à s’étaler au soleil toute nue, La calomnie aux dents, rit d’un sage ou d’un roi, Lève sa jupe infâme et dit : admirez-moi ! Tantôt, se souvenant qu’elle a mêlé peut-être Jadis à vos amis son sourire humble et traître, Elle arme sa fureur d’un regard innocent, Emmielle son poison, et glisse en gémissant Sa morsure plus lâche, et plus âcre et meilleure Sous un masque éraillé d’ancien ami qui pleure ! « Ce pauvre ami, dit-elle, oh ! comme il est changé ! « Dans cette voie, hélas ! pourquoi s’être engagé ! « Disons-lui qu’il se perd par amour pour la gloire… » Ô vile hypocrisie ! envie épaisse et noire Qui s’attache à l’esprit comme la rouille au fer ! Louches regards ! pleurs faux qui font rire l’enfer !