Blanche couronne

Henri de Régnier

Les Médailles d’argile — 1900

Blanche couronne ! grâce ancienne De tes deux noms de fleurs et d’eau, Tu es aussi Douce-Fontaine Pour tes roses et tes roseaux. L’eau verte dort aux douves tièdes, L’eau fraîche veille au fond du puits, Le jardin vaste est plein de cèdres Et le vieux cloître plein de buis. Les glycines aux arceaux blancs Montent et le lierre rampe ; De la fenêtre on voit les champs, Des champs, là-bas, on voit les lampes. Douceur du soir, foyer d’automne ! Tout le bois d’or, et les pins verts Avec la plainte monotone Du vent qui leur vient de la mer. Joie au matin, paix de midi, La promenade autour du cloître Où l’on voit sur le mur tiédi Son ombre grandir ou décroître, Solitude, chère ruine Où l’âtre a des flammes encor, Où l’écho vers nous s’achemine Du fond des vastes corridors ; Roses, fleurissez-là toujours ! Sa plus belle fleur est la mienne Et j’ai bu dans ce doux séjour L’onde de la Douce-Fontaine ; L’automne où cet an va finir Est doux de nos ombres passées Et je tresse à son souvenir Cette couronne de pensées.