L’Île

Henri de Régnier

Les Jeux rustiques et divins — 1897

La terre est douce autour de la montagne haute, Les chardons de la grève et l’écume des côtes Échangent leurs flocons de bourre et de marée ; Le soc luit au sillon et la barque est ancrée, Le blé déferle à la vague qui se recourbe, Et le filet déborde et la corbeille est lourde ; La châtaigne est pareille aux pointes de l’oursin. Et l’algue chevelue oscille entre des mains Invisibles qui la déroulent et la peignent ; Et, dans l’eau fabuleuse et glauque où tu te baignes, Une sirène bleue émerge du flot vert ; Et, dans la conque où chante au loin toute la mer, J’entends, rumeur de houle et rumeur de labour, La voix mystérieuse et double de l’Amour.