Plus je désire, et la fortune adverse

Pernette du Guillet

Rymes — 1545

Plus je desire, & la fortune adverse Moins me permect, que puisse celuy veoir, A qui elle eust par mainte controverse Faict mainct ennuy, si ne fust son sçavoir, Qui des Cieulx à ce tant heureux pouvoir De parvenir tousiours a son entente : Dont avec luy ce soulas puis auoir, Que, luy content, je demeure contente. Si tu ne veulx l’anneau tant estimer, Que d’un baiser il te soit racheptable : Tu ne doibs pas, au moins si peu l’aymer, Qu’il ne te soit, non pour l’or acceptable, Mais pour la main, qui pour plus rendre estable Sa foy vers toy, te l’à voulu lyer D’un Dyamant, ou tu peulx desplier Un cueur taillé en face pardurable, Pour te monstrer, que ne doibs oublier, Comme tu fais, la sienne amour durable. Comme le corps ne permect point de veoir, A son esprit, ny sçavoir sa puissance : Ainsi l’erreur, qui tant me faict avoir Devant les yeulx le bandeau d’ignorance, Ne m’à permis d'avoir la congnoissance De celuy là, que pour pres le chercher Les Dieux avoient voulu le m’approcher : Mais si hault bien ne m’àsceu apparoistre.