Ô mort interminable

Paul Éluard

Une leçon de morale — 1949

Au mal : Pacotille de joie vaut le foin de la vie Tous deux aussi légers que la résignation Légers comme un sourire morne après les larmes L’on en reste imprégné d’une fine poussière Moi j’ai ma peau mes draps ma peine et mon réveil Mes liens et mon travail mes doutes et ma honte Alors j’exhausse mort détail devient le tout À jamais j’ai le temps qui passe à travers tout Et j’ai la terre épaisse où la racine fonce Où le jour sombre en avalanche vers mon cœur Je vois d’en bas d’où le hibou connaît son ombre Dans le noir de ma nuit qui divise le monde. Au bien : Être unis c’est le bout du monde Le cœur de l’homme s’agrandit Le bout du monde se rapproche Le cœur des peuples bat plus fort Le cœur des peuples bat la terre Et la moisson sera parfaite Notre travail est un défi Jeté aux maîtres aux frontières Nous voulons travailler pour nous Nous prendrons jour malgré la nuit Nous oublierons nos ennemis La victoire est éblouissante Nous avons pénétré le feu Il faut qu’il nous soit la santé Nous nous levons comme les blés Et nous ensemençons l’amour.