Vertige

Lucie Delarue-Mardrus

Horizons — 1904

Au milieu des Figures colossales Où demeurent les quatre horizons Éternellement indéfinis des sables, Je passe toute seule et je perds la raison. Sphinx ! Sphinx ! je viens à vous ; je suis toute petite ; En me haussant, je n’atteins pas vos griffes ; Votre ombre est grande autour de vous comme la nuit… Pourquoi mon cœur sent-il que tout lui nuit Hors d’ici, hors d’ici, dans la vie et l’ennui ? Pourquoi veux-je allonger mes vertèbres Dans les sarcophages de bois, Mourir debout dans ceux qu’on voit Dressant dans les recoins leur grand œuf funèbre ? Ah ! je suis dans la mort, je suis ici chez moi : La Déesse est assise entre les griffes ! La Déesse est couchée au fond des sarcophages ! La Déesse est sur tous les éternels visages ! Elle circule, elle palpite, je la sens… — Égypte, à moi ! J’ai la Déesse dans le sang !