L’Oiseau cruel…

Paul Valéry

L’OISEAU cruel toute la nuit me tint Au point aigu du délice d’entendre Sa voix qu’adresse une fureur si tendre Au ciel brûlant d’astres jusqu’au matin. Tu perces l’âme et fixes le destin De tel regard qui ne peut se reprendre ; Tout ce qui fut tu le changes en cendre, Ô voix trop haute, extase de l’instinct… L’aube dans l’ombre ébauche le visage D’un jour très beau qui déjà ne m’est rien : Un jour de plus n’est qu’un vain paysage, Qu’est-ce qu’un jour sans le visage tien ? Non !… Vers la nuit mon âme retournée Refuse l’aube et la jeune journée.