Le Testament, huitains CXLI à CXLV
François Villon
Le Testament
Item, à Marion l’Ydolle,
Et la grand Jehanne de Bretaigne,
Donne tenir publique escolle,
Où l’escolier le maistre enseigne.
Lieu n’est où ce marché ne tienne,
Sinon en la grille de Mehun ;
De quoy je dy : Fy de l’enseigne,
Puis que l’ouvrage est si commun !
Item, à Noë le Jolys,
Autre chose je ne luy donne,
Fors plein poing d’osiers frez cueilliz
En mon jardin ; je l’abandonne.
Chastoy est une belle aulmosne ;
Âme n’en doit estre marry.
Unze vingtz coups lui en ordonne,
Par les mains de maistre Henry.
Item, ne sçay que à l’Hostel-Dieu
Donner, n’aux povres hospitaulx ;
Bourdes n’ont icy temps ne lieu,
Car povres gens ont assez maulx.
Chascun leur envoye leurs os.
Les Mandians ont eu mon oye ;
Au fort, ilz en auront les os :
À menues gens menue monnoye.
Item, je donne à mon barbier,
Qui se nomme Colin Galerne,
Près voysin d’Angelot l’Herbier,
Ung gros glasson… Prins où ? En Marne,
Affin qu’à son ayse s’yverne.
De l’estomach le tienne près.
Se l’yver ainsi se gouverne,
Il n’aura chault l’esté d’après.
Item, rien aux Enfans-Trouvez ;
Mais les perduz fault que console,
Si doivent estre retrouvez,
Par droict, sur Marion l’Ydolle.
Une leçon de mon escolle
Leur liray, qui ne dure guière.
Teste n’ayent dure ne folle,
Mais escoutent : c’est la dernière !