Sonnet (II)
Pierre de Ronsard
Poésies diverses — 1587
Méchantes nuits d'hiver, nuits filles de Cocyte,
Que la Terre engendra, d'Encelade les sœurs ;
Serpentes d'Alecton et fureur des fureurs,
N'approchez de mon lit, ou bien tournez plus vite.
Que fait tant le soleil au giron d'Amphitrite ?
Lève-toi, je languis, accablé de douleurs ;
Mais ne pouvoir dormir, c'est bien de mes malheurs
Le plus grand, qui ma vie enchagrine et dépite.
Seize heures, pour le moins, je meurs les yeux ouverts,
Me tournant, me virant de droit et de travers
Sus l'un, sus l'autre flanc ! je tempête, je crie.
Inquiet je ne puis en un heu me tenir,
J'appelle en vain le jour, et la mort je supplie,
Mais elle fait la sourde, et ne veut pas venir.