Quand ce charmant petit poëte gracieux

Victor Hugo

Toute la lyre

Quand ce charmant petit poëte gracieux Qui se perd dans les fleurs ne pouvant fuir aux cieux, S’en vient étourdiment t’attaquer, ô génie, Et, moqueur, se hasarde en ton ombre infinie, Tu ne t’émeus point : Dante aperçoit peu Gresset. L’espèce de bruit faible et confus qu’il faisait Le premier jour qu’il vint t’insulter, géant triste, N’est pas pour toi de ceux qui prouvent qu’on existe, Et tu n’as pas même eu le vague mouvement D’un colosse distrait de son rêve un moment. Tu laisses cela vivre et bourdonner. Le gîte De l’écureuil, pour peu qu’un vent souffle, s’agite, Non l’antre du lion ; et, sans chercher d’abri, L’aigle reçoit le coup de bec du colibri. Tu laisses fuir cette aile inutile et dorée. Depuis quand l’astre est-il troublé dans l’empyrée Parce qu’un follet saute et danse au fond des bois ; Depuis quand le tonnerre énorme dont la voix Émeut le mont qui tremble et la mer qui chancelle, Allume-t-il l’éclair pour punir l’étincelle ?