L’Énigme

Alice de Chambrier

Au delà — 1883

J’aime à sonder l’azur, à poursuivre un nuage Qui vole dans les airs comme un cygne sauvage Regagnant vers le soir son nid dans les ajoncs ; Mon regard l’accompagne et je vais sur sa trace Jusqu’à ce qu’il s’arrête et lentement s’efface Dans le rayonnement des vastes horizons. Je contemple pensif l’étoile vagabonde Qui d’un cours inconstant s’en va de monde en monde Et passe tour à tour du nadir au zénith ; Je pense que bien loin, au delà de la nue, Dans une sphère étrange, à la terre inconnue, Il est peut-être un point où l’univers finit. Ce mystère du ciel me tourmente sans trêve, Et, de ces régions où mon regard s’élève, Mon cœur voudrait toujours sonder l’immensité ; Il cherche le secret que dérobe l’espace… Mais qu’il suive dans l’ombre un astre d’or qui passe Ou se perde rêveur parmi l’obscurité, Il ne déchiffre point ce problème insondable ; L’énigme qu’il poursuit demeure insaisissable Et la voûte d’azur ne se déchire pas ; Et le grand infini, sphinx couronné d’étoiles, Reste couvert toujours d’impénétrables voiles Et ne rencontre point d’Œdipes ici-bas.