Car l’oeuvre loe le maistre

Christine de Pizan

Cent Ballades

Mon bel ami, je vois trop bien De vrai, quel que le semblant soit, Que votre cuer ne m’aime en rien. Bien borgnes est qui ne le voit ; Vous le dites quoi qu’il en soit, Mais c’est tout pour moi faire pestre, Car l’œuvre loe le maistre. Il appert a votre maintien Comment vo cuer d’amer recroit ; Car tout un mois, si com je tien, De moi veoir ne vous chauldroit. Que m’amissiez qui le croiroit ? Certes, ce ne pourroit être, Car l’œuvre loe le maistre. Dont trop pour folle je me tien, Et aussi chacun m’i tendroit, De vous amer ; car nesun bien De ce venir ne me pourroit, Puis qu’en riens ne vous en seroit, Et j’aperçois trop bien votre être Car l’œuvre loe le maistre.