Rêve

Amélie Gex

Poésies — 1879

Veux-tu dans la solitude Nous mettre à nous adorer ? Avril est la saison des nids ; Les bois bénis Sont comme un temple ; Jeanne, de la lune de miel Tout sous le ciel Donne l’exemple. C’est le temps où dans chaque cœur, Comme un vainqueur, Amour se lève ; Chère mignonne, si tu veux, Faisons tous deux Le même rêve. Sois ma fauvette et je serai, Bien pour de vrai, Ton rouge-gorge ; Nous bâtirons une maison De fin gazon Et de brins d’orge. Pour être seuls et mieux songer, Allons loger Près de la nue, À l’abri sous quelque rameau Du vieil ormeau De l’avenue. Ses feuilles en se refermant, Au nid charmant Feront un voile, Clair et léger pour que le soir Nous puissions voir Passer l’étoile. Et de chez nous, chaque matin, Dans le lointain, Quand tout s’irise, Nous verrons l’aube en manteau bleu Blanchir un peu La plaine grise. Puis, descendant des cieux dorés, Très-affairés De petits anges S’en viendront frapper aux volets Des roitelets Et des mésanges. Disant : « Oiseaux, faites chorus À l’Angelus Que l’airain sonne. Chantez, chantez, c’est pour l’amour Encor un jour Que Dieu vous donne ! — » Nous qui serons hôtes des bois, De nos deux voix, Echos fidèles, Nous répondrons : « Ainsi soit-il ! L’amour !… le mil !… Et nos deux ailes !… »