L’Oranger.

Antoinette Des Houlières

Poésies de Madame Deshoulières — 1688

La jeune Iris, en me donnant à vous, M’a dit de vous conter pour elle Tous les matins une douceur nouvelle. Je lui promis ; mais, entre nous, À d’aussi beaux yeux que les vôtres S’amuse-t-on, Climène, à parler pour les autres ? A-t-on besoin, près d’eux, du sentiment d’autrui ? Ne fournissent-ils pas à quiconque en approche Des troubles, des transports qui causent de l’ennui, Grâce à certain morceau de roche Dont la nature, par malheur, Forma votre insensible cœur ? Ces yeux doux et brillans font naître dans une âme, À ce que chacun dit, le désordre et la flamme. Hé ! comment ne feraient-ils pas Chez messieurs les humains un dangereux fracas, Puisqu’à travers de mon écorce Je sens le pouvoir et la force De leurs adorables appas ? Ils font dans un moment ce que n’avait pu faire L’ardeur du soleil en cinq mois. Mille fleurs sur mon chef fleurissent à la fois Par le seul désir de vous plaire. On dit que ce n’est pas une petite affaire, Et qu’on a vu plus d’un berger, Jeune, bien fait, galant et tendre, Inutilement y songer. Malgré cela j’ose prétendre À l’honneur de vous engager : Fussiez-vous cent fois plus sévère, Climène, on ne refuse guère Les fleurettes d’un oranger.