Chanson d’autrefois.Chanson d’aujourd’hui. (Jamais elle ne raille)

Victor Hugo

Les Quatre Vents de l’esprit — 1881

Jamais elle ne raille, Étant un calme esprit ; Mais toujours elle rit. — Voici des brins de mousse avec des brins de paille ; Fauvette des roseaux, Fais ton nid sur les eaux. Quand sous la clarté douce Qui sort de tes beaux yeux, On passe, on est joyeux. — Voici des brins de paille avec des brins de mousse ; Martinet de l’azur, Fais ton nid dans mon mur. Dans l’aube avril se mire, Et les rameaux fleuris Sont pleins de petits cris. — Voici de son regard, voici de son sourire, Amour, ô doux vainqueur, Fais ton nid dans mon cœur. Je disais : — Dieu qu’aucun suppliant n’importune, Quand vous m’éprouverez dans votre volonté, Laissez mon libre esprit choisir dans la fortune L’un ou l’autre côté ; Entre un riche esclavage et la pauvreté franche, Laissez-moi choisir, Dieu du cèdre et du roseau ; Entre l’or de la cage et le vert de la branche Faites juge l’oiseau. — Maintenant je suis libre, et la nuit me réclame ; J’ai choisi l’âpre exil ; j’habite au bois obscur ; Mais je vois s’allumer les étoiles de l’âme Dans mon sinistre azur.