Ballade II (Veuillez vos yeux emprisonner)
Charles d’Orléans
Poème de la prison
Veuillez vos yeux emprisonner,
Et sur moi plus ne les giettés ;
Car quant vous plaît me regarder,
Par Dieu, Belle, vous me tués,
Et en tel point mon cueur mettés
Que je ne sais que faire doye.
Je suis mort se vous ne m’aidiés,
Ma seule souveraine joye,
Je ne vous ose demander
Que votre cueur ne me donnés,
Mais, se droit me voulés garder,
Puisque le cueur de moi avés.
Le votre fault que vous me laissiés.
Car sans cueur vivre ne pourroye ;
Faictes en, comme vous vouldrés,
Ma seule souveraine joye.
Trop hardi suis d’ainsi parler,
Mais pardonner le me devés
Et n’en devés autrui blâmer,
Que le gent corps que vous portés
Qui m’a mis, comme vous véés,
Si fort en l’amoureuse voie.
Qu’en votre prison me tenés,
Ma seule souveraine joye.
Ma Dame, plus que ne savés,
Amour, si tresfort me guerroye,
Qu’à vous me rends ; or me prenés,
Ma seule souveraine joye.