Devant une eau…

Renée de Brimont

Mirages — 1919

Devant une eau perfide et qui fuit mon étreinte ou dont l’âme tarit aux soleils de Juillet mon cœur a pressenti les longs soirs inquiets… Car en nos voluptés se glisse un peu de crainte. Aimer… Et puis craindre d’aimer !… Sais-je pourquoi l’amour nous enferma sous un réseau fragile, pourquoi brève est la flamme en sa lampe d’argile, moins sonore l’écho qui répond à ma voix ? Sais-je pourquoi l’été, déjà, sur mon visage a disposé les plis de ses voiles flottants, pourquoi se meurt le jour… pourquoi l’ombre s’étend ? Or d’ombres et d’échos sont tramés les présages. Je sais qu’au philtre doux se mêlera demain sans doute, une saveur étrangement amère… Et comment ignorer ce qu’elle a d’éphémère, la rose impériale ouverte dans ma main !