Resouvenances

Renée de Brimont

Mirages — 1919

… Car j’ai peuplé toute nostalgie, toute heure floue au charme des lampes, et toute veille, un doigt sur la tempe, de souvenirs — fugace magie… de souvenirs, de reflets d’opale, fantômes bleus dont l’étreinte est douce et qui semblaient glisser sur la mousse… de souvenirs fugaces et pâles. Aubes, midis, brumeux crépuscules, s’en vont dansants et parés de nimbes, et nous suivons aux bords de ces limbes les temps défunts, les temps qui reculent ; le parc muet s’anime, frissonne comme une femme inquiète et triste ; ma guimpe est blanche, en frêle batiste ; les rossignols se sont tus… Personne… Mais notre amour caché dans les branches, ardent et trouble, et tendre, et qui cède ; dans votre main, ma main, jouet tiède… et vous froissez la batiste blanche ! — Amour, Amour, qu’à travers les choses votre parfum rôde et s’insinue ! J’ai deviné votre épaule nue comme un parfum révèle une rose… N’est-il, hélas, n’est-il nulle digue pour protéger de vos influences ?… Que votre voix se vêt de nuances, Amour, Amour en baisers prodigue ! … Ah ! j’ai peuplé toute nostalgie, toute heure floue au charme des lampes et toute veille, un doigt sur la tempe, de souvenirs — fugace magie… de souvenirs, de reflets d’opale, fantômes bleus dont l’étreinte est douce et qui semblent glisser sur la mousse… de souvenirs fugaces et pâles.