Ballade XII (Puisqu’ainsi est que loingtain de vous suis)

Charles d’Orléans

Poème de la prison

Puisqu’ainsi est que loingtain de vous suis, Ma Maîtresse, dont Dieu sait s’il m’ennuie, Si chierement vous requier que je puis Qu’il vous plaise de votre courtoisie, Quant vous êtes seule, sans compaignie, Me souhaidier un baisier amoureux Venant du cueur et de pensée lie, Pour alegier mes griefs maux doloreux. Quant en mon lit dois reposer de nuis, Penser m’assault et Désir me guerrye ; Et en pensant maintesfois m’est advis Que je vous tiens entre mes bras, m’amye ; Lors acolle mon oreillier et crie : Merci Amours, faictes moi si eureux Qu’avenir puist mon penser en ma vie. Pour alegier mes griefs maux doloreux. Espoir m’a dit et par sa foi promis Qu’il m’aidera et que ne m’en soussie ; Mais tant y met qu’un an me semble dix. Et non pourtant, soit ou sens ou folie, Je m’y attends et en lui je m’afie Qu’il fera tant que Dangier le crueux, N’aura briefment plus sur moi seigneurie, Pour alegier mes griefs maux doloreux. À Loyauté de plus en plus m’alye, Et à Amours humblement je supplie Que de mon fait vueillent être piteux, En me donnant de mes vouloirs partie, Pour alegier mes griefs maux doloreux.