Bâte un âne

Francis Jammes

De l’Angélus de l’aube à l’Angélus du soir — 1898

Bâte un âne qui porte une outre d’eau de roche à son flanc, car dans le pays des améthystes qu’il te faut longuement traverser l’eau n’existe pas, ni le pain que tu clôras en ta sacoche. Or c’est à Bassora, dans la boutique, à gauche de chez Aboul Hassan Ebn Taher le droguiste. Devant le souk un dromadaire laisse tristement pendre de sa lèvre une espèce de poche. C’est là que Tristan Klingsor, l’enchanteur, compose de doux lieds auprès d’un bassin. Et les roses l’approuvent en penchant la tête, et son rebec se plaint comme un vent doux et précieux avec l’inflexion d’une jeune fille qui pose sa main dessus son cœur pour un salamalec.