Volière

Lucie Delarue-Mardrus

Horizons — 1904

Au soleil, collée aux grillages, J’aime rester longtemps à voir, Avant que l’éteigne le soir, La vie en prison des plumages. Voici trottiner les fins pieds Sous les éventails de la roue, Le cri sylvestre des gibiers, Le roucoulement qui s’enroue. C’est l’inouï faisan doré À la queue aiguë et royale, Et dont brûle l’œil fixe et pâle Dans l’or de son chef effaré ; C’est la mystique tourterelle Avec son vol de Saint-Esprit ; C’est la toute ronde perdrix Couleur de terre et qui rappelle ; Ce sont les beaux pigeons replets Posant leur tête sur leur gorge Pleine de sarrasin et d’orge, Et s’endormant dans leurs reflets… Ô vers vous mes mains désireuses De vos danses, de vos essors, De vos blancheurs et de vos ors, Oiseaux, ailes trois fois heureuses !…