Paraphrase du Pseaume VIII

François de Malherbe

Œuvres poétiques — 1630

Ô Sagesse éternelle, à qui cet univers Doit le nombre infini des miracles divers Qu’on voit également sur la terre et sur l’onde ! Mon Dieu, mon Créateur, Que ta magnificence étonne tout le monde ! Et que le ciel est bas au prix de ta hauteur ! Quelques blasphémateurs, oppresseurs d’innocents, À qui l’excès d’orgueil a fait perdre le sens, De profanes discours ta puissance rabaissent : Mais la naïveté Dont même au berceau les enfants te confessent Clôt-elle pas la bouche à leur impiété ? De moi, toutes les fois que j’arrête les yeux À voir les ornements dont tu pares les cieux, Tu me semblés si grand, et nous si peu de chose, Que mon entendement Ne peut s’imaginer quelle amour te dispose À nous favoriser d’un regard seulement. Il n’est faiblesse égale à nos infirmités ; Nos plus sages discours ne sont que vanités, Et nos sens corrompus n’ont goût qu’à des ordures ; Toutefois, ô bon Dieu, Nous te sommes si chers, qu’entre tes créatures, Si l’ange a le premier, l’homme a le second lieu. Quelles marques d’honneur se peuvent ajouter À ce comble de gloire où tu l’as fait monter ? Et, pour obtenir mieux, quel souhait peut-il faire, Lui que, jusqu’au Ponant, Depuis où le soleil vient dessus l’hémisphère, Ton absolu pouvoir a fait son lieutenant ? Sitôt que le besoin excite son désir, Qu’est-ce qu’en ta largesse il ne trouve à choisir ? Et, par ton règlement, l’air, la mer et la terre, N’entretiennent-ils pas Une secrète loi de se faire la guerre À qui de plus de mets fournira ses repas ? Certes je ne puis faire, en ce ravissement, Que rappeler mon âme, et dire bassement : Ô Sagesse O sagesse éternelle, en merveilles féconde ! Mon Dieu, mon Createur, Que ta magnificence étonne tout le monde, Et que le ciel est bas au prix de ta hauteur !