À Phoebus
Pierre de Ronsard
Amours diverses — 1578
Sois médecin, Phoebus, de la Maîtresse
Qui tient mon Prince en servage si doux :
Vole à son lit, et lui tâte le poux :
Il faut qu'un Dieu guérisse une Déesse.
Mets en effet ton métier, et ne cesse
De la panser, et lui donner secours,
Ou autrement le règne des amours
Sera perdu, si le mal ne la laisse.
Ne souffre point, qu’une blême langueur
Ne son beau teint efface la vigueur,
Ni de ses yeux où l'Amour se repose.
Exauce moi, ô Phoebus : si tu veux,
D'un même coup tu en guériras deux :
Elle et mon Duc n'est qu’une même chose.