Ballade VI (Je cuide que ce sont nouvelles)

Charles d’Orléans

Ballades

Je cuide que ce sont nouvelles, J’oy nouveau bruit, et qu’est ce là ? Hélas ? pourroy je savoir d’elles Quelque chose qui me plaira. Car j’ai désiré, long temps a, Qu’Espoir m’estraynast de liesse, Je ne sais pas qu’il en fera. Le beau menteur plain de promesse. S’ilz ne sont ou bonnes ou belles, Au fort, mon cueur endurera, En attendant d’avoir ce celles Que Bon Eur lui apportera, Et de l’endormye beuvra De Nonchaloir ; en sa détresse, Espoir plus ne l’esveillera, Le beau menteur plain de promesse. Pource mon cueur, se tu me celles, Réconfort, quant vers toi vendra, Tu feras mal, car tes querelles J’ai gardées, or y perra ; Adviengne qu’avenir pourra ! Je suis gouverné par Vieillesse, Qui de legier n’escoutera Le beau menteur plain de promesse. Ma bouche plus n’en parlera, Raison sera d’elle maîtresse ; Mais au derrain, blasmé sera Le beau menteur plain de promesse.