L'autel bas s'orne de hautes mauves

Paul Verlaine

Bonheur — 1891

L'autel bas s'orne de hautes mauves, La chasuble blanche est toute en fleurs, A travers les pâles vitraux jaunes Le soleil se répand comme un fleuve ; On chante au graduel : Fi-li-a ! D'une voix si lentement joyeuse Qu'il faudrait croire que c'est l'extase D'à-jamais voir la Reine des cieux ; Le sermon du tremblotant vicaire Est gentil plus que par un dimanche, Qui dit que pour s'élever dans l'air Faut être humble et de foi cordiale ; Il ajoute, le cher vieux bonhomme, Que la gloire ultime est réservée Sur tous ceux qui vivent dans la pompe, Aux pauvres d'esprit et de monnaie ; On sort de l'église, après les vêpres, Pour la procession si touchante Qui a nom : du Vœu de Louis Treize C'est le cas de prier pour la France.