« C’est faussement qu’on estime »

François de Malherbe

Œuvres poétiques — 1630

C’est faussement qu’on estime Qu’il ne soit point de beautez Où ne se treuve le crime De se plaire aux nouveautez. Si Madame avoit envie D’aimer des objets divers, Seroit-elle pas suivie Des yeux de tout l’univers ? Est-il courage si brave Qui pust avecque raison Fuir d’estre son esclave Et de vivre en sa prison ? Toutesfois cette belle ame, A qui l’honneur sert de loy, Ne hait rien tant que le blasme D’aimer un autre que moy. Tous ces charmes de langage Dont on s’offre à la servir, Me l’asseurent davantage, Au lieu de me la ravir. Aussi ma gloire est si grande D’un trésor si précieux Que je ne sçay quelle offrande M’en peut acquitter aux cieux. Tout le soin qui me demeure N’est que d’obtenir du sort Que ce qu’elle est à cette heure Elle soit jusqu’à la mort. De moy, c’est, chose sans doute Que l’astre qui fait les jours Luira dans une autre voûte Quand j’auray d’autres amours