Lassitude

Émile Verhaeren

Les Soirs — 1888

La terre immensément s’efface au fond des brumes Et lentement aussi les frênes lumineux D’automne et lentement et longuement les nœuds Des ruisselets dans l’herbe et leurs bulles d’écumes ; Lointainement encor des sons pauvres et las. Voix par des voix lasses au fond des soirs hélées ; Et les chansons et les marches, par les vallées, Des mendiants qui vont, sait-on vers où, là-bas ? Et des rames en désaccord, et l’autre, et l’une. Et boitantes et tombantes — et, longuement, Un vol d’oiseaux qui plane et plane et, lourdement. Chavire en un ciel gris, où se fane la lune.