Le Visiteur

Henri de Régnier

Les Jeux rustiques et divins — 1897

La maison calme avec la clef à la serrure, La table où les fruits doux et la coupe d’eau pure Se miraient, côte à côte, en l’ébène profond ; Les deux chemins qui vont tous deux vers l’horizon Des collines derrière qui l’on sait la Mer, Et tout ce qui m’a fait le rire simple et clair De ceux qui n’ont jamais désiré d’autres choses Qu’une fontaine bleue entre de hautes roses. Qu’une grappe à leur vigne et qu’un soir à leur vie Avec un peu de joie et de mélancolie Et des jours ressemblant, heure à heure, à leurs jours J’ai compris tout cela quand je t’ai vu, Amour, Entrer dans ma maison où t’attendait mon âme, Et mordre les fruits mûrs de ta bouche de femme, Et boire l’eau limpide, et t’asseoir, et ployer Ta grande aile divine aux pierres du foyer.