La Lyre

Henri de Régnier

1914-1916 — 1918

Que l’éclaire l’aurore ou que la nuit le voile, Vigilant, haut et prêt au combat meurtrier Dont il guette sans peur le péril familier Venu vers lui de par delà la mer sans voile, Le fier oiseau de feu, de métal et de toile, En son vol sûr qui porte un poète guerrier Par la gloire aujourd’hui ceint d’un double laurier, Rôde au ciel dangereux où ne luit nulle étoile. Il plane. Le moteur bourdonne puissamment Et d’en bas, l’on croirait, à son bourdonnement, En l’air grave qu’emplit une onde métallique, Entendre, sous le doigt sublime et souverain D’un Dieu lauré touchant à sa corde d’airain, Vibrer au fond du ciel une Lyre héroïque.