Vénus rit toute nue au-dessus de mon lit

Victor Hugo

Toute la lyre

Vénus rit toute nue au-dessus de mon lit Qu’un damas écarlate à glands dorés plafonne. Des singes sur mon mur, bande agreste et bouffonne, Font cent choses avec ces rires furieux Qui ravissent Molière et choquent Andrieux. Près d’eux songent, l’œil plein d’une douce chimère, Ma bisaïeule belle et jeune et ma grand’mère Toute petite, avec une fleur dans sa main. Partout, autour de moi, sur maint vieux parchemin, Sur le satin fleuri, sur les pots, sur les laques, Vivent confusément les djinns, les brucolaques, Les mandarins à l’air vénérable et sournois, Les dragons, les magots, et ces démons chinois Fort laids, mais pétillants de malice et de flamme, Qui doivent ressembler aux rêves d’une femme Amoureuse de vous, ô mon ami Crémieux ! Mon esprit dans ce monde étrange songe mieux ; Comme un oiseau tenté par de lointaines grèves, Il ouvre lentement les ailes dans ces rêves, Il part du chimérique et monte à l’idéal.