Portraits de mains

Henri de Régnier

Les Médailles d’argile — 1900

Si le Temps à jamais effaça dans l’oubli Le sourire perdu de leurs bouches vivantes, Son caprice a laissé les formes indolentes De leurs mains se survivre en un pastel pâli. Celle-ci tient encor l’œillet qu’elle a cueilli ; Toutes, tièdes de paix ou fébriles d’attentes, Mains de mères, mains de vierges ou mains d’amantes, Cambrent leur grâce fière ou leur galbe joli. Sur le jaune papier où ressort la sanguine Le flexible bouquet de ces mains consanguines Allonge de blancs doigts dont l’ongle fardé luit, Et qui sait si jadis, au cadran des pendules, Elles n’ont pas touché par hâte ou par ennui, L’aiguille où l’heure avance et où le temps recule ?