La part du Pauvre. Sonnet

Amélie Gex

Poésies — 1879

Un matin de printemps tout fleuri, tout vermeil, Un vieux pauvre passait, chancelant, tête nue, Sous les hauts marronniers de la grande avenue Dont les jeunes bourgeons s’enivraient de soleil. Arbres, fleurs et pinsons, oubliant leur sommeil, De l’astre éblouissant chantaient la bienvenue ; Et le vieillard songeait, en sa déconvenue, Quelle part il aurait de ce joyeux réveil… « Pauvre, disaient les fleurs, il ne faut pas maudire Ces chansons, cette joie et surtout le sourire De ces rayons planant sur la jeune saison ; L’herbe au bord du chemin rend ta couche moins dure Et l’arbre, à ton sommeil en prêtant sa verdure, Va te faire oublier le toit de ta maison ! »