L’Hommage

Henri de Régnier

Les Médailles d’argile — 1900

Sa bouche en fleur sourit au temps qui l’a laissée Se survivre à jamais, silencieuse et belle ; Et, par delà les ans, peut-être, connut-elle Le désir d’être un jour, douce à quelque pensée. Si l’attente inutile et l’oubli l’ont lassée Et si nul n’a compris son regard qui l’appelle, Qu’un hommage tardif demeure au moins fidèle À son rêve muet de vivante passée. Ce portrait attentif d’une Ombre qui fut tendre En sa poussière pâle et frêle, semble attendre La rose qu’au printemps j’offre à sa jeune grâce, Et, pour que sa beauté puisse encor s’y revoir, Je présente au pastel qui peu à peu s’efface Le sourire incertain que lui rend le miroir.