La Voix du Vent

Amélie Gex

Poésies — 1879

Quelles voix passent plaintives Dans les créneaux du manoir ?… Les grands vitraux des ogives, Pourquoi tremblent-ils le soir ?… Sous le pignon des tourelles Qui vient sanglotter souvent ?… — Fridda, ces plaintes sont celles, Sont celles du vent ! — Qui fait grincer les lanternes À la cime des donjons ? Qui gémit sous les poternes ?… Qui pleure dans les ajoncs ?… Pourquoi les vieilles poutrelles Craquent-elles si souvent ?… — Fridda, ces plaintes sont celles, Sont celles du vent. — Dans la haute cathédrale, Quand a sonné l’Angélus, Une note musicale Vient allonger l’Orémus… Ou bien un bruit de crécelles Aux chantres répond souvent… — Fridda, ces notes sont celles, Sont celles du vent. — Sur la grève, où l’on s’embarque Dans les beaux soirs enchantés, Sœur, qui vient bercer la barque Sous les saules argentés ?… Aux fragiles balancelles Qui prête une aile souvent ?… — Fridda, ces ailes sont celles, Sont celles du vent. — De la forêt, quand j’écoute Tous les bruits mystérieux, Sœur, dis-moi qui sous la voûte Murmure un refrain pieux ? Harpes ou violoncelles Qui me font pleurer souvent… — Fridda, ces rumeurs sont celles, Sont celles du vent. — Je croyais que la tempête Sur les sombres océans, Sœur, était la seule fête Que Dieu permit aux autans… Ici-bas, à ces rebelles Il pardonne donc souvent, Puisqu’aux choses les plus belles Il mêle le vent !…