Silence bombardé

Guillaume Apollinaire

Poèmes à Lou — 1955

Silence bombardé par les froides étoiles Ô mon amour tacite et noir Lamente-toi puis soudain éclate en sanglots Là-bas voici les blanches voiles Des projecteurs jetés aux horizons d’espoir Où la terre est creusée ainsi que sont les flots * Adieu la nuit Tous les oiseaux du monde Ont fait leur nid Et chante à la ronde * Ptit Lou je connais bien malgré tout ta douceur En suivant le Printemps tous les jours sur la route En me baignant le front dans cette ombreuse odeur Qui me vient des jardins où je te revois toute Ainsi je gagnerai le grand cœur embaumé De l’univers tiède et doux comme ta bouche Et son tendre visage au bout de la mi-mai S’offre à moi tout à coup langoureux sur sa couche De pétales d’iris de grappes de lilas Ptit Lou d’Amour je sens à mon cou tes bras roses Cette île de corail qui sort de tes yeux las Et que sur l’océan de l’Amour tu disposes * Tu me demandes trop d’aimer sans être aimé Tu me demande trop peut-être Disait en souriant le doux soleil de mai À la belle fenêtre Tu veux que chaque jour Les longs rayons de mon amour T’illuminent mon cœur ainsi qu’une caresse Et toi toi que me donnes-tu Turlututu Dit la fenêtre Écoute-moi soleil mon maître Je ne suis belle que par toi J’existe par ta lumière À part l’obscurité de la chambre ma foi Je ne possède rien de rien pénètre-moi Et tout à coup je deviens belle et je suis claire Ainsi ma tendre Lou parlèrent le Soleil Et l’ombreuse fenêtre Soudain ce fut la nuit Il vint à disparaître Elle mourut aussi dans un obscur sommeil Comme un Phénix Il renaquit toujours pareil Et son amant La vit renaître À cette fable il ne faut pas Chercher une morale J’entends du bruit ce sont les rats qui pas à pas Tournent autour de ma cabane en la nuit pâle Tournent en rond Et je te baise Sur ton beau sein fait d’une rose et d’une fraise Et tu me baises sur le FRONT