Tristesses d’autrefois

Hélène Vacaresco

L’Âme sereine — 1896

Rien qu’une heure, être encor triste comme autrefois, D’une tristesse immense et douce par les bois, Avec l’herbe et les fleurs, sous la pitié des branches, Ou bien devant l’autel, par les calmes dimanches, Quand, la tête appuyée au mur où sur fond bleu Les grands archanges clairs ont des glaives de feu. Je sentais les premiers effrois devant moi-même ; Triste à vouloir mourir lorsque la lune blême, Comme un poignard d’argent, à travers le ciel pur Montait mystérieuse en pâlissant l’azur Des soirs dont la douceur enveloppe la terre. Es-tu donc morte aussi, tristesse solitaire Qui me mettais parfois le front entre les mains Et dans le cœur de grands désespoirs surhumains Où s’acharnaient entre eux les démons ou les anges ? Tristesses d’autrefois, mes tristesses étranges Dont j’ai la nostalgie et qui dans vos ferments Ébauchiez l’avenir en lourds pressentiments. Et, portant le fardeau de quelque ancienne vie, Alliez de mon cœur jeune à mon âme assouvie Pour les épouvanter tous deux de leurs combats ! J’ai beau vous appeler, vous ne reviendrez pas. Même par les longs jours où je me sens plus morne Que le soleil puissant dans le désert sans borne, Même pour le railler, vous ne visitez plus Le cœur où tous les maux humains sont résolus Et qui tourne vers vous ses suprêmes tendresses, Tristesses d’autrefois, ô mes chères détresses !