Car de ce vueil savoir le compte

Christine de Pizan

Encore aultres balades

Tu soies le trés bien venu, M’amour, or m’embrace et me baise Et comment t’es tu maintenu Puis ton départ ? Sain et bien aise As tu été toujours ? Ça viens, Coste moi, te sié et me conte Comment t’a été, mal ou bien, Car de ce vueil savoir le compte. — Ma dame, a qui je suis tenu Plus que autre, a nul n’en desplaise, Saches que désir m’a tenu Si court qu’onques n’oz tel mesaise, Ne plaisir ne prenoie en rien Loin de vous. Amours, qui cœurs dompte, Me disait : « Loyauté me tien, Car de ce vueil savoir le compte ». — Dont m’as tu ton serment tenu, Bon gré t’en sais, par saint Nicaise ; Et puis que sain es revenu Joie arons assez ; or t’apaise Et me dis se scez de combien Le mal qu’en as eu a plus monte Que cil qu’ a souffert le cuer mien, Car de ce vueil savoir le compte. — Plus mal que vous, si com retien, Ai eu, mais dites sans mescontc Quans baisiers en aurai je bien ? Car de ce vueil savoir le compte.