La Mésange

Guillaume Apollinaire

Poèmes à Lou — 1955

Les soldats s’en vont lentement Dans la nuit trouble de la ville Entends battre mon cœur d’amant Ce cœur en vaut bien plus de mille Puisque je t’aime éperdument Je t’aime éperdument ma chère J’ai perdu le sens de la vie Je ne connais plus la lumière Puisque l’Amour est mon envie Mon soleil et ma vie entière Écoute-le battre mon cœur Un régiment d’artillerie En marche mon cœur d’Artilleur Pour toi se met en batterie Écoute-le petite sœur Petite sœur je te prends toute Tu m’appartiens je t’appartiens Ensemble nous faisons la route Et dis-moi de ces petits riens Qui consolent qui les écoute Un tramway descend vitement Trouant la nuit la nuit de verre Où va mon cœur en régiment Tes beaux yeux m’envoient leur lumière Entends battre mon cœur d’amant Ce matin vint une mésange Voleter près de mon cheval C’était peut-être un petit ange Exilé dans le joli val Où j’eus sa vision étrange Ses yeux c’était tes jolis yeux Son plumage ta chevelure Son chant les mots mystérieux Qu’à mes oreilles on susurre Quand nous sommes bien seuls tous deux Dans le vallon j’étais tout blême D’avoir chevauché jusque-là Le vent criait un long poème Au soleil dans tout son éclat Au bel oiseau j’ai dit Je t’aime !