Promeneurs qui hantez la terrasse sablée

Victor Hugo

Océan vers — 1942

Promeneurs qui hantez la terrasse sablée, Ô badauds qui tracez dans la poudreuse allée. Avec vos longs bâtons, à l’ombre des vieux ifs. L’hiéroglyphe obscur de vos rêves oisifs. C’est pour vous ici-bas que tout héros travaille. Tel grand homme a gagné bataille sur bataille Suivi de trois cent mille illustres chenapans ; L’empereur a donné l’avant-garde à Compans, Le centre à Ney, la gauche à Rapp, à Soult la droite ; Il a caché Montbrun dans une gorge étroite ; Il a, dans la fumée et l’afïreux bruit que font Six cents canons tonnant dans le ravin profond. Sur les ponts de bateaux dont le bois tremble et crie. Lancé le roi de Naple et la cavalerie ; Le sort fait triompher Wellington et Bliicher Et dans les mauvais jours le sort fait débarquer Joachim au Pizzo, Napoléon à Cannes Pour mettre en mouvement la pointe de vos cannes !