Ballade III (C’est grant péril de regarder)

Charles d’Orléans

Poème de la prison

C’est grant péril de regarder Chose dont peut venir la mort, Combien qu’on ne s’en sait garder Aucunes fois, soit droit ou tort. Quant Plaisance si est d’accort Avecques un jeune désir, Nul ne pourrait son cœur tenir D’envoyer les yeux en message ; On le voit souvent avenir Aussi bien au foul com au sage. Lesquelz yeux viennent raporter Ung si tresgracieulx raport Au cueur, quant le veut escouter, Que s’il a eu d’amer l’esfort, Encore l’aura il plus fort ; Et le font du tout retenir Ou service, sans départir, D’Amours, à son tresgrant dommage ; On le voit souvent avenir, Aussi bien au foul comme au sage. Car mains maux lui fault endurer, Et de Soussy passer le port. Avant qu’il puisse recouvrer L’acointance de Réconfort, Qui plusieurs fois au besoing dort, Quant on se veut de lui servir ; Et lors il est plus que martir. Car son mal vaut trop pis que rage. On le voit souvent avenir Aussi bien au foul comme au sage. Amour, ne prenez desplaisir S’ai dit le mal que fault souffrir, Demourant en votre servage ; On le voit souvent avenir, Aussi bien au foul comme au sage.