XIX (Venise la voit naître en un berceau modeste)

Mélanie Bourotte

Sonnets-portraits — 1883

Venise la voit naître en un berceau modeste. Paris, aux premiers rangs, la fait bientôt asseoir ; Et la cour applaudit son précoce savoir, Sa verve poétique et sa grâce céleste. Puis, son ciel radieux se voile avant le soir : L'époux si cher, Etienne, est frappé de la peste ! Le père aimé, Thomas, est mort ! Il ne lui reste Que le travail, l'étude et son ferme vouloir ! La misère l'étreint sous le vent de la guerre ; Le malheur la poursuit.., mais elle n'entend guère Planant toujours plus haut, le cri sourd de sa faim. Les accords de son luth charment sa solitude, Et son suprême effort : Chemin de longue estude, Couronne l'œuvre entier d'une splendide fin.