Souviens-toi, le jour…

Renée de Brimont

Mirages — 1919

Souviens-toi — le jour las et moite… la croisée mi-close… un peu de ciel orageux à travers le rideau frémissant des mols feuillages verts : jeu dansant et changeant de lueurs tamisées. Un Bouddah japonais, de grands coffres indous, des bibelots épars, des coussins et des livres… Souviens-toi — nous sentions que le charme de vivre se goûte avec lenteur comme un vin rare et doux ! Et d’un lied oublié je retrouvais les notes ; tu te penchais un peu vers moi, pour écouter ; dans ces vagues senteurs d’Orient et de thé vibrait étrangement ma musique falote… Ah ! souvenirs ! Ce jour défaillant, ce parfum, ce chant, cette langueur éparse dans les choses, et puis soudain, pareils à des neiges décloses, les pétales tombant d’une rose, un à un.