O vraye amour dont je suis prise

Pernette du Guillet

Rymes — 1545

O vraye amour, dont je suis prise, Comment m’as tu si bien apprise, Que de mon Jour tant me contente Que je n’en espere autre attente, Que celle de ce doulx amer, Pour me guerir du mal d’aymer. Du bien j’ay eu la jouyssance, Dont il m’à donné congnoissance Pour m’asseurer de l’amytié, De laquelle il tient la moytié : Doncques est il plus doulx, qu’amer, Pour me guerir du mal d’aymer. Helas amy, en ton absence Je ne puis avoir asseurance, Que celle, dont (pour son plaisir) Amour cault me vient dessaisir Pour me surprendre, & desarmer : Gueris moy donc du mal d’aymer.