La source

Marie Krysinska

Rythmes pittoresques — 1890

Regards attristés De réalités Laides ! Ô mes regards douloureux aussi Des pleurs répandus — Comme un sang très pâle Sur le sable des Cirques ; — Regards, — infatigables pèlerins Sur les chemins De la Beauté, — Buvez les fraîches ondes De verte clarté Pleuvante si tranquillement. Si joyeusement Au travers De ces branches emmêlées : On dirait Un doux firmament vert Étoilé Des trous d’azur de l’éther. Quelle exquise symphonie ! Les jeunes pousses ont Le plumage tendre Des poussins s’ébattant au soleil, Dans les cours des fermes. Et les pubères feuillages Sont l’émeraude précieuse, Dont la prodigue main des anges Broda le manteau du ciel. Les troncs bruns des sycomores Ont l’attitude chaste du sommeil Des bêtes Aux brunes fourrures. Les bouleaux souples Dansent comme des almées Dans leurs blancs atours. Et les aimables lianes Prennent dans leurs bras amoureux Les torses des puissants chênes. La Source aux yeux candides, À la chevelure verte, Baigne dans l’eau ses cuisses de jade. Sa gracieuse oreille de corolle Écoute le bruit délicat Des herbes frôlées Par le lézard, — Au milieu du calme extatique Des ramures. — Et le regard rieur de ses yeux candides Suit le manège des vertes grenouilles ; Tandis que sa main charmante, Et claire comme un nénuphar, Joue avec le collier de jolis cailloux luisants Qui murmure autour de son cou.