Se Dieu et vous ne la prenez en cure

Christine de Pizan

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Mon cher Seigneur, veuillez avoir pitié Du pauvre estat de votre bonne amie, Qui ne treuve nulle part amitié. Pour Dieu merci, si ne l’oubliez mie, Et souvenir Il vous veuille de son fait, ou venir Lui conviendra a pouvreté obscure, Se Dieu et vous ne la prenez en cure. Ne peut avoir, tant ait nul acointié, Son las d’argent : charité endormie Treuve en chacun, dont tout ne la moitié N’en puet avoir, Fortune est s’anémie Qui survenir Lui fait maint mal, si ne puet soutenir Son pauvre estât ou elle met grant cure Se Dieu et vous ne la prenez en cure. Si vous plaise que par vous esploistié Soit de son fait, car ja plus que demie Est cheoite au bas, dont a cuer dehaitié Souventes fois et de soussi blêmie, Dont si tenir A mémoire veuillez et retenir Son fait qu’a chief en soit ou trop endure Se Dieu et vous ne la prenez en cure. Tôt avenir Puisse par vous et son fait parfurnir, Mon chier Seigneur, car trop a peine dure Se Dieu et vous ne la prenez en cure